Absent du cinéma, David Lynch s'exprime désormais par la photographie, la musique et les installations. Parmi les 128 galeries exposant à Paris Photo (foire réservée à la création photographique), il a élu des clichés qui pourraient entrer dans son musée imaginaire. On les découvre au fil de la visite, assortis de ses commentaires, comme le story-board d'un film à venir. La photo d'un charnier de la guerre d'Espagne lui inspire ce credo: "Nous vivons dans un monde de contraires où le mal et la violence extrêmes s'opposent à la bonté et à la paix."

Pour comprendre la photo de Joel-Peter Witkin retenue par Lynch -un squelette entraînant une femme nue-, il faut se rappeler que le grand-père de ce dernier venait de terres puritaines et torturées, la Scandinavie, comme le cinéaste danois Carl Dreyer. "La mort est la peur n°1, assure le réalisateur de Blue Velvet. Chacun a en lui un lieu où elle frappe."

Elles ne sont pourtant pas sans paix ni beauté, ces photographies de bombardements choisies par Lynch, où les panaches de fumée ressemblent à des fleurs. A condition de les voir avec des yeux d'enfant: "A cet âge, le monde est un mystère", souligne-t-il à propos d'un sapin de Noël photographié par Trent Parke. Tout revêt alors une étrangeté magique, un charme figé, par exemple ce pavillon nocturne vu par Olivier Metzger ou la femme au bonnet de bain, d'Arno Nollen. Le fétichisme des films de Lynch transparaît aussi dans des images montrant des rideaux à plis droits qui semblent au garde-à-vous (une photo signée Katharina Bosse).

Un bouddha rappelle que Lynch noie ses tourments dans la méditation. Voici donc expliquée son obsession pour les moisissures et les fluides: "La maladie et le déclin font partie de la nature. Et nous sommes un peu trop encerclés par le vinyle."