Avant la guerre en Ukraine, on baptisait une nouvelle licorne - ces start-up qui passent au-dessus du milliard de dollars de valorisation -, presque toutes les semaines. La French Tech compte désormais 26 licornes, dépassant allègrement et avec trois ans d'avance, l'objectif assigné par Emmanuel Macron, qui en avait réclamé 25 en 2025. Comment l'épargnant français peut-il en profiter et investir dans ces sociétés ? C'est compliqué, mais pas impossible.

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Acheter des actions ? C'est difficile, puisque ces sociétés ne sont pas (encore) cotées en Bourse. A ce stade, leur capital appartient à leurs fondateurs et à leurs salariés - via les stock-options des start-up, appelés bons de souscription de parts de créateurs d'entreprise -, mais aussi aux fonds d'investissement qui, une fois ces entreprises un peu plus établies, ont pris des parts importantes dans leurs augmentations de capital. Pas de place pour le particulier investisseur dans ce triumvirat !

Et ce n'est même pas une question d'argent. "C'est souvent une histoire de fidélité, au moment des levées de fonds, seront servis en priorité les actionnaires historiques, qui ont misé gros et pris des risques à une époque où la start-up avait encore à faire ses preuves", explique Gabriel Garcin, executive director, chargé des investissements alternatifs chez UBS France.

Monsieur-Tout-le-Monde, aussi riche soit-il, ne peut pas entrer au capital d'une licorne. "Seule une légende de l'entreprenariat le pourrait éventuellement, moyennant quelques millions d'euros et parce qu'il apporterait quelque chose de plus, comme sa vision stratégique, son réseau ou sa capacité de développement à l'international par exemple", fait valoir Christophe Bavière, membre du directoire d'Eurazeo. Mais tout le monde n'est pas Bernard Arnault, Jacques-Antoine Granjon ou Xavier Niel !

Quinze minutes pour la vente Ledger

La porte est cependant en train de s'entrouvrir. Une start-up, Caption, bouscule ce statu quo. Sa plateforme, ouverte au grand public depuis septembre 2021, permet aux particuliers d'acheter des actions de certaines start-up et autres licornes, à partir de 2 000 euros. Il faut cependant montrer patte blanche - le non coté est un investissement très risqué et partant, très réglementé -, et passer l'épreuve du questionnaire qui déterminera votre profil d'investisseur. "Sur 16 000 personnes inscrites, 35% ont aujourd'hui la possibilité d'acheter des actions sur notre site", explique Quentin Lechemia, cofondateur de Caption.

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Mais vous ne pourrez pas instantanément acheter des actions de toutes les 26 licornes françaises. Il faudra attendre, un peu comme sur Veepee, qu'il y ait une vente dédiée aux actions de telle ou telle start-up. A ce jour, quatre des 26 licornes françaises seulement ont fait l'objet d'une vente : BlaBlaCar, PayFit, Ledger et Meero. Pour cela, il faut que des fondateurs ou salariés décident de vendre des actions, et, une fois que Caption en a réuni pour 50 000 euros au minimum, elle organise une vente. Le prix de l'action est déterminé selon la dernière valorisation de la start-up (l'action Ledger a été vendue 853 euros par exemple), ce à quoi il faut ajouter 6% de frais du côté de l'acheteur et 6% également du côté vendeur.

Une fois que vous êtes actionnaires, vous pouvez d'ailleurs aussi revendre vos actions sur Caption. "Ceux qui ont participé à la vente PayFit ont touché l'action à 12,50 euros en juillet 2021 et ils ont pu la revendre chez nous à 33 euros en mars 2022", poursuit Quentin Lechemia. Il faut réagir vite et comme sur Veepee, il existe un système d'alerte. La vente Ledger a duré quinze minutes...

Trouver le bon fonds

Autre solution, plus classique, acheter des parts d'un fonds de private Eequity. "Mais si la licorne qui vous intéresse n'est pas financée par un fonds dans lequel vous pouvez souscrire, vous n'y aurez aucun accès", explique Souleymane-Jean Galadima, directeur général associé d'Alphacap, une plateforme qui vend des solutions de private equity. Certains d'entre eux sont en effet strictement réservés aux investisseurs institutionnels.

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Reste donc à trouver le bon fonds. "Les licornes sont généralement logées dans des fonds dits de growth, une spécialité du private equity", selon Christophe Bavière. Mais encore ? Le plus fréquemment cité est "Entrepreneurs Club" d'Eurazeo. Il est ouvert aux particuliers jusqu'au 31 décembre, moyennant un ticket d'entrée de 20000 euros et comprend à ce stade (il a encore trois mois pour investir dans d'autres start-up), "21 sociétés, dont 13 licornes parmi lesquelles neuf françaises : Ankorstore, BackMarket, ContentSquare, Doctolib, ManoMano, PayFit, Qonto, Swile et Vestiaire Collective", énumère Christophe Bavière.

C'est à notre connaissance la plus forte concentration de licornes françaises offertes au grand public. Ce fonds est disponible chez certaines banques privées ou gestionnaires de patrimoine et sur des plateformes comme Alphacap. Attention, votre épargne y sera bloquée jusqu'en 2028, avec deux fenêtres de liquidité seulement, les 30 juin et 31 décembre 2027.

Le fonds BPIFrance Entreprises 2, disponible dès 3 000 euros (sur 123IM, dans certaines assurances-vie ou plan d'épargne retraite), devrait aussi comporter quelques licornes, mais avec 1 500 entreprises en portefeuille, l'exposition y sera moindre.