Tout commence il y a trente ans quand Philippe Catteau, fils de commerçant, décide d'imaginer une technologie sans fil permettant d'oublier les étiquettes papiers et les heures passées à les changer. Les premiers prototypes fonctionnent par infrarouge et le succès arrive très vite. Dès 2000, 1 million d'étiquettes sont vendues et aujourd'hui le groupe français est devenu le leader mondial du secteur avec plus de 50 % de part de marché.
"C'est un parcours incroyable, on ne croise pas ce type d'entreprise tous les jours", estime Pierre Schang, gérant chez Tocqueville Finance. Et pour cause le cours de Bourse a été multiplié par 5 depuis son introduction en 2006 et le milliard d'euros de valorisation a été franchi l'année dernière. Et ce n'est pas fini selon Jérôme Fauvel, responsable small caps chez La Française, "aujourd'hui, il y a environ 500 millions d'étiquettes dans le monde alors que le potentiel est de 10 milliards d'unités".
Et pour atteindre ce potentiel, il y a un client crucial : Walmart. Le géant de la distribution réalise à lui seul plus de 500 milliards de dollars de chiffre d'affaires à travers plus de 10 000 magasins. Après des années de pourparlers, l'américain tente l'essai avec SES-imagotag l'année dernière au Canada. Dans les magasins, les retours sont positifs, les étiquettes électroniques via des LED et des écrans couleurs attirent le regard du client et dans le même temps, les salariés sont plus productifs. En mars, coup de tonnerre dans les bureaux du groupe à Nanterre : Walmart choisi sa technologie pour équiper ses rayons. Une consécration pour SES, "depuis le début leur rêve c'est Walmart ", se souvient Pierre Schang qui suit la valeur depuis plus de quinze ans. "C'est le contrat du siècle, les premières estimations montrent qu'il sera plus important que tous les contrats réunis du groupe", poursuit Jérôme Fauvel. Pour le moment, les détails des premières commandes sont confidentiels mais Oddo BHF estime que Walmart représente un potentiel de 3 milliards d'euros de chiffre d'affaires à moyen terme. Un virage majeur pour l'entreprise, puisque l'année dernière elle a réalisé....423 millions d'euros de vente !
Analyser le comportement d'achat du client
Reste maintenant à produire les étiquettes et ce sera le défi des prochaines années. Les différentes pénuries qui perdurent depuis deux ans ont ralenti la production. Mais la direction compte bien accélérer le rythme avec une nouvelle usine au Mexique qui complémentera les sites chinois. D'autant plus que la production au Mexique permettra aux clients américains de ne plus payer les droits de douane sur les étiquettes en provenance de Chine.
En dehors du fait qu'il est possible d'actualiser les prix en temps réel, SES-imagotag a construit sa position de leader grâce à l'innovation. Chaque année, 6 à 7 % du chiffre d'affaires sont dédiés à la recherche et au développement. Et sur les cinq dernières années, plus de trente brevets ont été déposés. L'une des fiertés du groupe réside dans Captana. Via des caméras installées dans les rayons, l'intelligence artificielle est capable de voir les ruptures de stock de façon quasi instantanée. Et ce n'est qu'un début, puisque demain les marques pourront analyser le comportement d'achat du client avec leurs produits. "Les logiciels et les services sont des relais de croissance avec des marges plus importantes que les étiquettes", analyse Pierre Schang.
Et c'est sans compter les écrans et les rubans de LED qui commencent peu à peu à s'installer dans les rayons avec l'objectif de remplacer la fiche technique papier. Mais le prochain grand défi est environnemental. Car, même si l'autonomie des étiquettes est supérieure à cinq ans, l'industrie est encore très consommatrice de piles jetables. Peu à peu, les batteries rechargeables prennent le relais, dans l'attente d'étiquettes 100% autonomes qui sont en cours de développement.

Infographie
© / Dario Ingiusto / L'Express

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